Bti: ce que la science nous apprend réellement
POINT DE VUE / L’auteure de cette lettre, Karolann Trépanier, est biologiste et directrice des affaires règlementaires chez GDG Environnement.
Article paru dans le Nouvelliste 11 mars 2026
Je souhaite réagir, avec respect, à la lettre de Mmes Bernier et Dugré concernant le Bti. Comme biologiste, je comprends que ce sujet puisse susciter des questions. Nous partageons tous le même objectif: protéger notre environnement et notre qualité de vie. Mais pour y parvenir, il faut s’appuyer sur ce que la science nous apprend réellement.
D’abord, l’idée que le Bti serait un outil «marketing» ou «d’écoblanchiment» ne correspond tout simplement pas aux données. Le Bti est étudié et utilisé depuis plus de 40 ans. Les évaluations réalisées au Canada et en Europe concluent qu’aux doses appliquées ici, il est biodégradable, non rémanent et n’a pas d’effets significatifs sur la faune non ciblée, ce qui en fait l’outil le plus précis et le moins invasif disponible.
Sur la notion de «biologique», il est normal que les formulations contiennent des agents de support ou adjuvants. Cela est vrai pour tous les produits. Ce qui importe, c’est l’ingrédient actif: contrairement aux ingrédients inertes, il est le composant essentiel produisant l’effet recherché. Dans le cas du Bti, c’est une bactérie naturellement présente dans l’environnement. Les évaluations règlementaires confirment qu’aux doses autorisées, l’ensemble du produit, incluant les additifs (principalement de l’eau pour la formulation liquide et du maïs pour la formulation granulaire), ne pose aucun risque écotoxique.
Pour ce qui est des effets sur les chironomes (proche cousin des moustiques), je comprends les préoccupations. Certaines études, notamment en laboratoire, démontrent un effet potentiel, mais ce, seulement en situation de surdosage sur les chironomes. Le consensus scientifique démontre que l’utilisation du Bti à un dosage opérationnel établie par les instances gouvernementales n’affecte pas la densité de chironomes en milieu naturel.
Concernant les grenouilles, encore ici, les études sont réalisées à des niveaux environ 80 à 400 fois les dosages réellement utilisés au Québec. Les effets métaboliques observés en laboratoire résultent de réponses secondaires liées à des conditions expérimentales extrêmes, et non à un mécanisme toxique ciblé du Bti.
Enfin, lorsque l’on parle d’insectes piqueurs, il faut éviter les confusions. Au Québec, dans les programmes municipaux, le Bti a toujours été présenté comme une solution contre les larves aquatiques de moustiques (culicidés) et les larves aquatiques de mouches noires (simulies). Le Bti n’a jamais été présenté comme une solution contre les tiques, qui ne sont d’ailleurs pas des insectes, mais des arachnides.
Le ministère reconnaît que certaines études sont variées ou contradictoires, ce qui justifie la prudence (principe de précaution). Ce principe est hautement mis de l’avant dans les processus d’autorisations ministérielles stricts qui encadrent chaque programme au Québec. Rappelons qu’avant même qu’un programme puisse être autorisé, toutes ses composantes doivent être présentées en détail et évaluées par les analystes du Ministère. Le processus d’autorisation examine rigoureusement la protection des milieux sensibles ainsi que la présence d’espèces à statut. Aucune intervention n’est permise tant que ces exigences ne sont pas respectées.
Ce qui est rarement mentionné, ce sont les effets positifs d’un programme collectif: une réduction de 80 % à 90 % de la nuisance des moustiques ou des mouches noires, sans nuire aux écosystèmes; une diminution du risque de maladies transmises par ces insectes; davantage d’activités extérieures et moins de sédentarité; des retombées économiques locales liées à la fréquentation accrue des parcs, des évènements et des espaces publics; une réduction notable de l’usage d’insecticides domestiques et de diffuseurs, produits davantage toxiques pour l’environnement et la santé humaine.
Nous voulons tous la même chose: un environnement sain, une biodiversité préservée et une qualité de vie agréable. Aujourd’hui, selon l’état actuel des connaissances et grâce au cadre rigoureux du Québec, le Bti demeure la solution la plus naturelle, la plus étudiée et la plus précise pour réduire les nuisances sans compromettre nos écosystèmes. Les inquiétudes sont légitimes. Mais pour se faire une opinion juste, il faut se baser sur les faits et la science.